Article révisé le 1er juin 2026
Auteur : Guarinoni Thomas, acupuncteur et infirmier en rôle élargi, praticien en médecine traditionnelle chinoise.
Bi-Gu : histoire d’une pratique de jeûne et regard scientifique actuel
Le Bi-Gu est une pratique ancienne associée à certaines traditions taoïstes et à des pratiques de longévité en Chine. Le terme est souvent traduit par « éviter les céréales » ou « s’abstenir de nourriture ». Aujourd’hui, il est parfois rapproché du jeûne intermittent ou des régimes pauvres en glucides. Ces rapprochements peuvent être utiles pour réfléchir aux habitudes alimentaires. Certaines études cliniques montrent qu’une alimentation pauvre en glucides, parfois associée à une restriction temporelle des repas, peut favoriser une rémission du diabète de type 2 chez une proportion importante de personnes, surtout lorsqu’elle entraîne une perte de poids durable et qu’elle est accompagnée médicalement. Ces résultats ne permettent toutefois pas de considérer le jeûne intermittent ou l’alimentation pauvre en glucides comme identiques aux pratiques historiques regroupées sous le terme Bi-Gu.
Que signifie Bi-Gu?
Dans les textes chinois anciens, bi peut évoquer l’idée d’éviter ou de s’abstenir, tandis que gu désigne les céréales ou, selon le contexte, la nourriture. Le Bi-Gu renvoie donc à différentes formes de restriction alimentaire. Les descriptions historiques ne constituent toutefois pas un protocole médical standardisé : les pratiques variaient selon les époques, les écoles et les objectifs spirituels ou ascétiques.
Le Bi-Gu pouvait être associé à la méditation, au Dao Yin, au Qigong ou à une recherche de discipline corporelle. Les récits traditionnels parlent parfois de longévité, de purification ou de transformation énergétique. Ces notions appartiennent à un cadre culturel et philosophique particulier et ne doivent pas être présentées comme des résultats médicaux établis.
Bi-Gu, jeûne intermittent et alimentation pauvre en glucides : ne pas confondre
Le jeûne consiste à limiter ou à interrompre la prise alimentaire pendant une période donnée. Le jeûne intermittent peut prendre plusieurs formes, par exemple une alternance entre des périodes de repas et de jeûne. Le jeûne prolongé peut entraîner une production de corps cétoniques, mais il comporte aussi certains risques et ne convient pas à tout le monde.
Une alimentation pauvre en glucides, quant à elle, ne signifie pas nécessairement ne pas manger. Elle réduit la proportion de glucides et peut inclure des protéines, des légumes, des matières grasses et, selon le modèle choisi, des fruits, en quantité variable. Elle ne doit pas être assimilée automatiquement au Bi-Gu ni à un jeûne thérapeutique mais peut être associé pour plus d’efficacité.
Dans la médecine traditionnelle chinoise, certaines interprétations associent la réduction des excès alimentaires ou sucrés au soutien du système de la Rate et du Pancréas selon sa terminologie propre. Il s’agit d’un modèle traditionnel. En médecine biomédicale, le pancréas, la glycémie, l’insuline et le métabolisme sont décrits avec des concepts similaires mais légèrement différents. Ces deux cadres peuvent être présentés côte à côte, mais ils ne doivent pas être mélangés comme s’ils reposaient sur les mêmes preuves.
Que montrent les études modernes?
Les études sur le jeûne intermittent et les régimes pauvres en glucides montre que certaines personnes vont perdre du poids et améliorer certains marqueurs métaboliques. Ces effets sont souvent liés à une réduction de l’apport énergétique glucidique, à une meilleure satiété ou à une diminution de la consommation d’aliments très transformés. Les résultats varient selon le type d’alimentation, la durée du suivi, l’adhésion et l’état de santé des participants.
Chez des adultes présentant un diabète de type 2, certaines études ont observé une amélioration de la glycémie, du poids, de l’hémoglobine glyquée ou du besoin en médicaments avec une réduction des glucides. Certaines études cliniques montrent qu’une alimentation pauvre en glucides, parfois associée à une restriction temporelle des repas, peut favoriser une rémission du diabète de type 2 chez une proportion importante de personnes, surtout lorsqu’elle entraîne une perte de poids durable et qu’elle est accompagnée médicalement. Ces résultats ne justifient toutefois pas de modifier seul un traitement, notamment l’insuline ou les médicaments pouvant provoquer une hypoglycémie.
Une revue systématique et méta-analyse publiée dans le BMJ en 2021 a conclu que les régimes pauvres en glucides ou très pauvres en glucides vont favoriser une rémission du diabète de type 2 chez la plupart des adultes à six mois, mais que l’avantage diminuait après douze mois si ils reprenaient leurs vieilles habitudes et que la certitude des données variait. La durabilité, la sécurité et les effets à long terme doivent donc être pris en compte.
Ces recherches portent principalement sur des interventions alimentaires modernes et standardisées.
Bienfaits métaboliques possibles
Le jeûne intermittent et certaines alimentations pauvres en glucides peuvent produire des changements métaboliques chez certaines personnes, notamment une diminution de la glycémie après les repas, une amélioration de la sensibilité à l’insuline et une baisse des triglycérides. Ces effets peuvent aussi s’expliquer par une réduction globale de l’apport énergétique sous forme de glucide, une meilleure satiété avec plus d’énergie sous forme de lipide et une diminution de la consommation d’aliments très sucrés ou ultratransformés.
Chez certains adultes présentant un surpoids ou un diabète de type 2, des études randomisées contrôlées ont observé une diminution du poids, de l’hémoglobine glyquée ou du besoin en médicaments dans le cadre de programmes alimentaires encadrés.
Une alimentation pauvre en glucides peut favoriser une baisse de la glycémie et de l’insulinémie chez certaines personnes, mais elle doit rester suffisamment nutritive. Une réduction excessive des glucides peut entraîner un apport insuffisant en fibres, en vitamines ou en minéraux.
Dans le langage de la médecine traditionnelle chinoise, la diminution des excès alimentaires et des aliments très sucrés peut être associée au soutien de la « Rate » et du « Pancréas ». Cette interprétation appartient à un modèle traditionnel et ne correspond pas directement aux notions biomédicales de glycémie, d’insuline ou de fonction pancréatique.
Important : les personnes atteintes de diabète, particulièrement celles qui prennent de l’insuline ou certains médicaments hypoglycémiants, doivent obtenir un avis médical d’un médecin spécialisé dans l’alimentation faible en glucide avant de modifier leur alimentation ou d’entreprendre un jeûne.
Risques et contre-indications
Le jeûne peut entraîner de la fatigue, des maux de tête, des étourdissements, de la déshydratation, de la constipation ou des difficultés de concentration par manque d’eau et de sel si il n’y a pas eu auparavant un changement alimentaire. Un jeûne prolongé ou mal encadré peut aussi favoriser des carences nutritionnelles, une perte de masse musculaire, des troubles électrolytiques ou une reprise de poids par la suite.
Un avis médical est particulièrement important pour les personnes qui :
- ont un diabète ou prennent de l’insuline ou des médicaments hypoglycémiants;
- sont enceintes ou allaitent;
- ont moins de 18 ans;
- ont un poids insuffisant, une maladie chronique ou une maladie rénale, hépatique ou cardiovasculaire;
- ont des antécédents de trouble du comportement alimentaire;
- prennent des médicaments nécessitant une prise avec de la nourriture;
- sont fragiles, âgées ou en période de récupération après une maladie ou une intervention.
Il faut interrompre le jeûne et demander un avis professionnel en cas de malaise important, confusion, perte de connaissance, vomissements persistants, palpitations ou signes d’hypoglycémie. Les enfants et les adolescents ne devraient pas entreprendre un jeûne restrictif sans indication et suivi médical.
Une approche prudente et réaliste
Si une personne souhaite explorer une forme de jeûne ou réduire sa consommation de glucides, l’approche la plus sûre consiste à en discuter avec un médecin, un infirmier praticien, un diététiste-nutritionniste ou un autre professionnel qualifié. L’objectif devrait être une alimentation suffisamment nutritive, adaptée à la situation de la personne et compatible avec ses traitements.
Le Bi-Gu peut être étudié comme une pratique historique et culturelle liée à la discipline, à la méditation et aux conceptions traditionnelles de la santé. Il ne doit pas être présenté comme une méthode permettant de remplacer un traitement médical. Toute modification d’un traitement ou de la prise alimentaire doit être faite avec le professionnel qui assure le suivi.
Conclusion
Le Bi-Gu témoigne de la richesse des traditions alimentaires et spirituelles chinoises. Les données modernes sur le jeûne intermittent et l’alimentation pauvre en glucides sont intéressantes, notamment pour le poids et certains marqueurs du diabète de type 2, Ces approches peuvent également produire une perte de poids et des améliorations métaboliques importantes, mais leurs résultats doivent être comparés selon les protocoles, la durée du suivi et l’adhésion des participants. Elles se rapprochent de certains aspects du Bi-Gu, sans être identiques aux pratiques historiques regroupées sous ce terme. Mais elles restent dépendantes du contexte et ne valident pas les prétentions thérapeutiques historiques ou contemporaines associées au Bi-Gu. Une approche personnalisée, progressive et supervisée est préférable à un jeûne prolongé ou à une restriction extrême.
Références
- Gardner CD et al. Effect of Low-Fat vs Low-Carbohydrate Diet on 12-Month Weight Loss in Overweight Adults. JAMA. 2018;319(7):667-679.
- Tay J et al. A Very Low-Carbohydrate, Low-Saturated Fat Diet for Type 2 Diabetes Management. Diabetes Care. 2015;38(8):1433-1441.
- Goldenberg JZ et al. Efficacy and safety of low and very low carbohydrate diets for type 2 diabetes remission. BMJ. 2021;372:m4743.
- Hall KD et al. Effect of a plant-based, low-fat diet versus an animal-based, ketogenic diet on ad libitum energy intake. Nature Medicine. 2021;27:344-353.
- American Diabetes Association Professional Practice Committee. Nutrition Therapy for Adults With Diabetes or Prediabetes: Consensus Report. Diabetes Care. 2019;42(5):731-754.
- National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Healthy Living with Diabetes. National Institutes of Health.
- National Health Service. Intermittent fasting and safety considerations. NHS.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical personnalisé. Le jeûne et les régimes restrictifs peuvent présenter des risques. Ils ne remplacent ni une consultation, ni un diagnostic, ni un traitement prescrit.

Acupuncture et fertilité : à quoi s’attendre lors d’un traitement ?
Acupuncture et fertilité : découvrez le déroulement d’un traitement et son rôle comme approche complémentaire aux soins médicaux.

Bi-Gu : Pour la prévention et la longévité
Intéressé par l’alimentation thérapeutique chinoise? Découvrez Bi-Gu, un concept dont les bienfaits ont été prouvés scientifiquement.